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BMF — Contrairement à ce qu'on croit, le monde ne s'est jamais aussi bien porté

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BMFContrairement à ce qu'on croit, le monde ne s'est jamais aussi bien porté



Interview exclusive de l'auteur suédois Johan Norberg à l'occasion de la traduction en français de Progress, un livre événement qui recense les progrès réalisés par l'humanité dans tous les domaines et dont on ignore l'ampleur.

Les chimpanzés sont-ils plus au courant de l'état du monde que les humains? Dans son livre "Non ce n'était pas mieux avant" (Ed. Plon), l'écrivain suédois Johan Norberg s'amuse de cette provocation. Interrogés dans un sondage, les Britanniques sont en effet seulement 10% à penser que la pauvreté mondiale a diminué au cours de ces 30 dernières années. Ils ne sont même que 5% aux États-Unis. "S'ils avaient répondu au hasard comme le font les chimpanzés, il y aurait eu 50% de bonnes réponses, sourit Johan Norberg. Les Britanniques ont obtenu un résultat moins bon que ne l'auraient fait les chimpanzés!"

Car dans les faits, la pauvreté a reculé ces 30 dernières années. Et pas qu'un peu. Selon la Banque mondiale, entre 1981 et 2015, la part de la population mondiale vivant avec moins de 1,90 dollar par jour (en tenant compte de l'inflation) est passée de 44,3% à 9,6%.

Des exemples comme celui-ci, le livre de Johan Norberg en est truffé. L'auteur suédois, membre du think tank américain Cato Institute et auteur de nombreux documentaires dans le monde, a décidé voilà quelques années de s'attaquer au pessimisme ambiant.

Il a ainsi agrégé une quantité considérable de données, de faits et de témoignages qu'il a compilé dans son livre Progress, Ten Reasons to Look Forward to the Future édité en 2016 et qui vient d'être traduit en français. Vendu à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires dans le monde et traduit en 16 langues, l'ouvrage s'attaque à nombre d'idées reçues sur l'état du monde. L'alimentation, la pauvreté, l'alphabétisation, les standards de vie et d'hygiène, l'égalité, les libertés fondamentales et même la violence et l'environnement... Dans l'ensemble de ces domaines, l'humanité a fait des progrès considérables. Un mouvement entamé avec la révolution industrielle en Europe et qui se prolonge aujourd'hui avec la mondialisation. Alors pourquoi, on a parfois l'impression que le monde sombre dans le chaos? C'est ce que nous avons voulu demander à l'auteur qui était de passage à Paris à l'occasion du lancement de la traduction française de son livre.

BFM Business: Comment va le monde?

Johan Norberg: C'est une question difficile. Il y a dans le monde plein de problèmes à plein d'endroits. Mais il y a toujours eu plein de problèmes à plein d'endroits. La nouveauté c'est qu'il y en a en fait de moins en moins. Lorsqu'on regarde les données et les faits, que ce soit au niveau de la richesse, de la santé, de l'espérance de vie et même de la sécurité, le monde ne s'est jamais au total aussi bien porté. Je me suis attelé à ce livre car je trouvais que notre perception était complètement faussée.

BFM Business: Quand vous étiez étudiant, vous faisiez partie d'un front anarchiste. Comment voyiez-vous le monde à l'époque? Et qu'est-ce qui vous a fait changé d'avis?

J.N.: Je pensais comme beaucoup de gens que le monde allait de mal en pis. Qu'il y avait de plus en plus de misère, que les États et les entreprises étaient en train de ravager la planète... Et puis j'ai commencé à étudier l'Histoire. Et je me suis aperçu en lisant notamment des auteurs comme Fernand Braudel que le bon vieux temps était un mythe. Les famines atroces où les gens étaient obligés de manger des écorces d'arbres, les épidémies qui tuaient des millions de gens, les enfants qui mouraient massivement en bas âge (30 à 40% des enfants suédois n'atteignaient pas leur cinquième anniversaire au XIXème siècle, 15% au début du XXème, 0,3% aujourd'hui), voire plus récemment les nuages de pollution comme le smog londonien qui tuaient des milliers de gens chaque année. C'était ça le bon vieux temps...

BFM Business: Pourquoi n'avons-nous pas conscience de cette réalité?

J.N.: Parce qu'il y a un décalage énorme entre la perception et les faits. Nous avons tendance à juger l'état du monde à travers les événements terribles et dramatiques. Du fait des médias bien sûr mais aussi parce que nous avons tendance à retenir ce qui nous marque. Or, ce sont les événements négatifs dont on se souvient le plus. Un sentiment qui s'est renforcé avec internet et les réseaux sociaux. Avant les gens devaient allumer la télé pour accéder à ces nouvelles, aujourd'hui nous sommes en permanence en contact avec elle. On a tendance en plus à ne partager que les mauvaises nouvelles sur Twitter. Nous sommes au courant de choses qu'on ignorait auparavant. De plus, aujourd'hui, tout le monde produit de l'information. On partage tous des images choquantes mais sans le travail de remise en contexte et en perspective.

"La mondialisation est 50 fois plus puissante que la révolution industrielle"

BFM Business: Sur la pauvreté par exemple, vous dites qu'elle n'a cessé de reculer ces 200 dernières années. Comment l'expliquez-vous?

J.N.: Il faut savoir que la pauvreté est l'état naturel de l'humanité. C'est la richesse qui est l'exception. Pendant des millénaires, les Hommes ont été pauvres et la production mondiale n'a pas quasiment pas évolué. Et puis elle s'est subitement envolée au début du XIXème siècle. Elle est partie d'Europe où le savoir et la technologie ont permis la révolution industrielle. Entre 1820 et 1850, la population anglaise a augmenté d'un tiers et le revenu réel des travailleurs de 100%. Si la tendance antérieure s'était maintenue, il aurait fallu 2000 ans aux Anglais pour accomplir une telle performance. Et depuis quelques décennies maintenant, c'est la mondialisation qui permet aux économies émergentes de suivre le même chemin. A une différence près, la mondialisation est encore plus puissante que la révolution industrielle pour lutter contre la pauvreté. Avec la révolution industrielle, ce sont 200 millions de personnes qui ont doublé leur revenu en 50 ans. La mondialisation a elle permis à 2 milliards d'individus de doubler leur revenu en 10 ans. On peut donc dire que la mondialisation est 50 fois plus efficace!

BFM Business: Mais on a pourtant l'impression que la mondialisation ne profite qu'à quelques pays comme la Chine ou l'Inde.

J.N.: C'est parce que nos raisonnements sont faussés. Nous pensons que si quelqu'un gagne, l'autre doit perdre. Avant c'était les pays occidentaux qui gagnaient, maintenant ce sont eux qui perdent. Mais tout ceci est faux. Aujourd'hui 40 à 50% des richesses en occident proviennent du commerce mondial et de la mondialisation. Le problème c'est que ce n'est pas visible. Nous avons tendance à ne regarder seulement que ce qu'il y a dans notre porte-monnaie et pas ce que l'on peut acheter avec. Or aujourd'hui quantité de produits et de services sont de plus en plus accessibles. Le commerce mondial permet au plus grand nombre d'accéder aux technologies par exemple. On invente pas internet et un vaccin tous les jours. En revanche, une fois qu'il a été inventé il se diffuse partout dans le monde.

BFM Business: Il y a pourtant des inégalités de revenus et même de patrimoine comme l'a montré Thomas Piketty qui exaspèrent les gens. N'est-ce pas une conséquence de la mondialisation?

J.N.: Oui c'est lié en partie à ça. Beaucoup de gens encore aujourd'hui ont une formation limitée. Sauf que maintenant ils sont en compétition avec 2 milliards de gens de plus. Dans le même temps, des gens formés au nouvelles technologies sont de plus en plus recherchés par les entreprises. Et comme ils ne sont pas assez nombreux, les salaires ont tendance à fortement monter. Ce qui explique ces inégalités.

Mais encore une fois, on se focalise trop sur ce qu'on a dans le porte-monnaie. Moi personnellement, si je me compare à Bill Gates, l'inégalité sera colossale en terme monétaire. Mais si on compare nos standards de vie, ce sera déjà moins le cas. Certes il voyage en jet privé, mais moi je peux aujourd'hui me payer un billet d'avion pour pas grand chose. Bill Gates utilise un smartphone comme le mien et a accès à la même quantité d'informations que moi. Ce qui est une première dans l'Histoire de l'humanité où l'accès à l'information a toujours été réservée à une élite. Et encore quand celle-ci savait lire. Pareil sur la santé. Si mes enfants sont malades ils auront accès aux mêmes technologies de soin que ceux de Bill Gates. Bref, qu'il y ait des super-riches de plus en plus riche n'ôte rien à mon standard de vie.

Et si on raisonne au niveau mondial, les inégalités n'ont jamais été aussi faibles entre les nations et on voit dans de nombreux pays, notamment en Asie, l'émergence d'une classe moyenne qui n'avait jamais existé. Alors certes au sein de la Chine il y avait moins inégalités, moins de super-riches il y a 30 ans mais plus de la moitié de la population vivait dans une extrême pauvreté contre 13% aujourd'hui. Qu'est-ce qui est le mieux?

"L'air de Londres est aussi propre qu'au Moyen Age"

BFM Business: Il y a tout de même des pays qui n'ont pas pu enrayer la pauvreté et qui sont même davantage pauvres qu'il y a 50 ans.

J.N.: Effectivement, plus de 700 millions d'individus vivent encore dans une extrême pauvreté mais je vous rappelle qu'ils étaient 2 milliards au début des années 1980. Mais oui il y a encore 26 pays dans le monde où le taux d'extrême pauvreté (moins de 1,90 dollar par jour) est supérieur à 40%. Mais à part le Bangladesh et Haïti, tous se situent en Afrique subsaharienne. Ces pays ne sont pas victimes de la mondialisation, ils sont au contraire victimes de ne pas en être. En Afrique, de nombreux nouveaux États ont utilisé les structures et les modèles de la colonisation (en gros le commerce de matières premières) plutôt que de développer leur économie. Résultat, ils ne se sont pas enrichis. Il y a 50 ans par exemple, la Zambie et la Corée du Sud étaient aussi pauvres. Aujourd'hui la Corée est 40 fois plus riche.

BFM Business: Dans votre livre vous répertoriez de nombreux progrès réalisés sur plein de thématiques différentes. Lequel vous a le plus surpris?

J.N.: Le plus spectaculaire c'est peut-être l'évolution de l'espérance de vie qui a progressé jusqu'à plus de 70 ans dans le monde. Il y a 200 ans aucun pays au monde -même les plus riches- n'avait une espérance de vue supérieure à 40 ans. Aujourd'hui, aucun pays n'a une espérance de vie inférieure à 40 ans, même les plus pauvres. C'est sans doute ça le plus incroyable. Et c'est principalement dû à la chute de la mortalité infantile du fait des meilleurs conditions d'hygiène, des progrès réalisés par la médecine, d'une meilleure nutrition...

BFM Business: Vous consacrez un chapitre aux progrès réalisés dans l'environnement. Pourtant il y a de nombreux problèmes.

J.N.: Oui bien sûr qu'il y a des problèmes mais on a oublié ceux d'avant. Le smog dans les grandes villes occidentales tuaient des milliers de gens chaque année. Les grands cours d'eau étaient bien plus pollués qu'aujourd'hui etc. En Grande-Bretagne par exemple, entre 1970 et 2013, l'émission de composés organiques volatiles a chuté de 60%, les oxydes d'azote de 62%, les matières particulaires de 77% en moyenne et le dioxyde de soufre de 94%. Selon le statisticien Bjorn Lomborg, l'air de Londres n'a jamais été aussi propre qu'aujourd'hui depuis le Moyen Age. Alors bien sûr il y a le réchauffement climatique qui est préoccupant. Mais nous avons les solutions, les technologies qui permettent de lutter contre les dioxyde de carbone. Mais l'enjeu aujourd'hui n'est pas de revenir en arrière avec je ne sais quelle décroissance mais au contraire de continuer le développement économique pour rendre les technologies d'énergie verte plus abordables pour permettre leur développement.

"Les progrès ne sont pas automatiques"

BFM Business: Vous montrez aussi que le niveau d'éducation n'a jamais été aussi élevé dans le monde. Mais dans le même temps, les gens semblent de moins en moins avoir conscience des progrès réalisés et de l'état réel du monde. N'est-ce pas paradoxal?

J.N.: Ça peut paraître paradoxal effectivement. Mais l'éducation permet d'acquérir des bases mais ne permet pas forcément d'avoir une vision du monde plus juste. Sur le sondage concernant le recul de la pauvreté par exemple, si 10% des Anglais en ont conscience, dans les populations les plus éduquées ce taux ne monte qu'à 12%. L'éducation permet de lutter contre l'ignorance, or aujourd'hui ce n'est pas un problème d'ignorance qui nous aveugle ce sont des idées préconçues que nous avons. Cela vient de la façon dont on consomme l'information. La mauvaise nouvelle a toujours plus d'impact que la bonne et c'est la seule que l'on retient. Et on a beau être de plus en plus éduqué, nous commettons des erreurs de perception. C'est le personnage de Dumbledore dans Harry Potter qui dit qu'il a beau être un savant, il fait tout de même des erreurs, des très grosses erreurs même parfois.

BFM Business: La montée des populismes est-elle une conséquence de cette "vision déformée du monde"?

J.N.: Oui ça y joue énormément. Et ça ne me rend pas très optimiste. Car si je note que d'immenses progrès ont été et sont toujours réalisés aujourd'hui, je sais très bien que ce n'est pas automatique. Ces progrès sont basés sur les libertés, les échanges internationaux, la possibilité d'explorer et de partager les savoirs. Or, dans l'Histoire, il est arrivé plein de fois qu'on stoppe ces libertés, qu'une élite refuse le progrès. L'Europe l'a connu, la Chine aussi, le monde arabe etc. Quand les gens ont peur du monde et qu'ils voient des ennemies partout, ils ont tendance à se renfermer. C'est ce qu'on voit actuellement aux États-Unis avec Trump. Pour autant, j'ai confiance en la séparation des pouvoirs pour tempérer ses élans.

"Les prophètes de malheur oublient toujours un paramètre essentiel"

BFM Business: Mais si c'est les peuples qui décident de manière démocratique que la fermeture des frontières ou le retrait de la mondialisation sera meilleur pour eux, comment allez contre?

J.N.: C'est notre travail d'expliquer ce que nous aurions à perdre à faire cela. C'est l'objet de mon livre. Mais c'est aussi et surtout le rôle des politiques. Quand je vois Hillary Clinton qui est libérale quand elle est au pouvoir et protectionniste quand elle fait campagne, je trouve qu'elle joue à un jeu dangereux. Car d'une elle nourrit les peurs des gens et de deux elle tient un double discours et passe pour une menteuse auprès d'une partie de l'électorat.

BFM Business: Avez-vous suivi l'élection présidentielle française?

J.N.: Oui. J'ai vu que Macron a fait campagne en disant des choses positives sur la mondialisation et l'Union Européenne. Il a expliqué aux électeurs qu'on ne pouvait pas faire machine arrière. Il a fait une campagne positive et ça ne l'a pas empêché de gagner. Et le clivage qu'il a opéré entre ceux qui croient au progrès et ceux qui en ont peur est allé au-delà du traditionnel clivage droite-gauche. Il va inspirer beaucoup de politiques à l'étranger.

BFM Business: N'est-ce pas un paradoxe que ce discours-là ait porté dans une France qu'on présente souvent comme la championne du monde du pessimisme?

J.N.: Pas forcément. Les recherches montrent que les pessimistes sont plus sceptiques et donc ils ont tendance à voir davantage la réalité derrière les discours populistes simplistes, ils sont moins crédules.

BFM Business: Vous citez dans votre livre un certain nombre de prévisions pessimistes faites notamment dans les années 60 par les néo-malthusiens ou le Club de Rome qui ne se sont pas réalisées. Pourquoi les "prophètes du malheur" se trompent souvent?

J.N.: Parce qu'ils utilisent des modèles simplistes. En général, ils extrapolent l'existant sans tenir compte des circonstances nouvelles. Par exemple en 1968, Paul Ehrlich, l'auteur de la Bombe P (comme population) écrivait que nous étions au dénouement de la bataille menée pour nourrir l'humanité et que nous allions la perdre. "Des centaines de millions d'êtres humains vont mourir de faim dans les années 1970-1980", écrivait-il. Ce qui ne s'est pas passé. La plupart de ces "prophètes" oublient toujours un paramètre fondamental dans leur prédiction: la capacité de l'homme à s'adapter, à changer, à innover... Pourquoi il n'y a pas eu de famines terribles? Parce qu'il y a eu la révolution verte (intensification de la production agricole) et que des gens comme Norman Borlaug (prix Nobel de la paix 1970) ont exporté les nouvelles techniques agricoles dans le tiers monde. On estime que plus d'un milliard d'êtres humains ont ainsi pu être sauvés durant cette période grâce à l'agriculture intensive. Et on peut multiplier les exemples de prédictions funestes fausses. Fin 2014, on pouvait lire en une des journaux que le virus Ebola pourrait toucher 1,4 million de personnes rien qu'au Sierra Leone et au Liberia. Au final, le nombre total n'a pas dépassé les 30.000. Les gens ont changé de comportement, ont adopté des pratiques funéraires sans risque et les cas ont été isolés. Par ailleurs, la science et les professionnels de la santé ont pu se coordonner grâce à nos moyens de communication et ont mis au point un vaccin en un temps record. Ne sous-estimons pas notre capacité à nous adapter.







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